L

This page is also available in English

La Chapelle Saint-Louis

par Désirée Guirouard, 1893
texte par Eric Lalonde (ericllnd@sympatico.ca)

Notre ancêtre Jean De Lalonde y fut le premier marguillier de cette paroisse, aujourd'hui Ville de Baie D'Urfé.

Par Désirée Guirouard 1893

Durant une quinzaine d'années, une seul poste missionaire desservait provisoirment le haut de l'Ile de Montréal. Faillon nous raconte qu'à l'arrivée des colons dans l'Ile le Séminaire envoyait à l'occasion des prêtres satisfaire à leurs besoins spirituels.(1) Qu'ons se rapelle que la mission de La Présentation (Dorval) était la plus proche et qu'en fait, du debut à 1685. la seule résidence des missionnaires du Bout de l'Ile venaient de La Présentation. Nous savons que le très distingué Monsieur D'Urfé a été l'un de ces missionnaires de 1676, et probablement avant, justqu'à à peu près 1680. Fils du marquis D'Urfé, il appartenait à l'une des plus vieilles familles de France. Il etait allié de très près à Monsieur de Fénélon ainsi qu'un proche parent de Colbert., ce qui explique sa très grande influence à la Cour de France. Monsieur D'Urfé, Fénélon et Remy comptent parmi les illustres fondateurs de Ville Marie.

Le cadastre comporte deux intéressantes inscriptions en ce qui concerne la chapelle du Bout de l'Isle, aujourd'hui Pointe Caron. Le numero 111 énonce ce qui suit: "Jadis, ce terrain désigné comme site de l'église Sainte-Anne était compris dans la concession fait au dit Lalonde(2) par les Seigneurs, tout en se réservant une superficie de six arpents, deux par trois ou trois par deux à leur gré. Ce signe indique la terre réservée appelée Baie D'Urfé du nom de l'Abbé D'Urfé, qui a bâti la première chapelle de Sainte-Anne sur cette emplacement." Au numéro 112 se lit ceci: "Cette marque nous montre l'endroit où se dressait autrefois la première chapelle Sainte-Anne habitée et desservie par l'Àbbé D'Urfé qui lui a donné son nom."

Quand Monsieur D'Urfé a-t-il bâti cette chapelle? Monsieur Bourgeault ancien Curé de Pointe-Claire et maintenant Vicaire Général de l'Archevêque Fabre, renommé pour son savoir et son exactitude, croit qu'elle a été construit en 1674.(3) Il y a certainement erreur.

Elle n'existait même pas en 1683, car le recensement ecclésiastique de cette année-là rapporte que la messe était célébrée dans une maison particulière, "il n'y avait ni chapelle ni presbytère"(4) En ce temps là et suite à la nomination, en 1676, d'un Curé à Lachine, le Bout de l'Isle était sous la jurisdiction spirituelle du Curé de Lachine, qui l'administrait comme une mission. Dès le six décembre 1682, Pierre Lormier est enregistré à Lachine comme "une habitant du Haut de l'Isle de Montréal, mission de cette paroisse."

La naissance de "Marie Magdeleine Courreau, fille de Cibard Correau, Sieur de la Coste" est enregistrée à Lachine par Monsieur Remy, le 5 juillet 1683. Monsieur Remy écrit: "Ce baptême fur célébré dans la maison de Jean de La Londe dit Lespérance, habitant du Haut de l'Isle de Montréal, endroit où je dis habituellement la messe pour cette mission qui est rattachée à la paroisse de Saints Anges de Lachine."

Le 26 août 1684, Monsieur Remy enregistre un autre baptême,a Lachine, celui de Anne Barbary, fait par Monsieur Dollier durant l'absence de Monsieur Remy "en ma mission du Hault de cette Isle pour faire le baptême ci-dessus (le baptême de l'enfant Guillaume de de La Londe), et pour y célébrer la sainte messe"

En 1683, le cimetière de la Pointe Caron ne fut pas utilisé, puisque la dépouille mortelle de Jean La Mériêque domestique de Gabriel de Berthé, Sieur de Chailly, fut transporter à partir de la maison du dit Chailly "sise au Hault de l'Isle" vers Lachine, où la sépulture eut lieu.

Le Bout de l'Isle fut érigé en paroisse durand l'été de 1685, sous la patronyme de Saint- Louis, le 20 septembre de la même année, l'évêque de Québec, durand une visite de ce lieu, en définit ses limites, à savoir, bornée à l'est par Pointe-Claire comprise, (endroit où se dresse aujourd'hui l'église paroissale) et à l'ouest par les terres au delà du bout de l'isle", commençant à la Pointe Claire inclusivement et finissant par delà la Pointe du Bout de l'Isle." Accompagnaient l'évêque, Jean Guenet "habitant du dit lieu," Olivier Quesnel, marguiller de Lachine, Jean de La Londe, Marguiller de la paroisse Saint-Louis, Monsieur Dollier, supérieur du Séminaire et vicaire général et Monsieur Remy, curé de Lachine et missionaire de Saint-Louis.(5)

Ce qui reste des registres de Sainte-Anne de 1686 à 1703 se trouve à Lachine.

Les registres de Lachine contiennant un memorandum écrit de la main de Monsieur Remy, dans lequel il affirme que les registres de la paroisses Saint-Louis partent de 1686. Ils comprennent les années 1686 et 1687 et portent la signature "D'Urfé ou D'Urfé, curé," ce qui est conforme au texte, "Curé de la paroisse de Saint-Louis du Haut de l'Isle de Montréal." La première inscription au registre D'Urfé fut le mariage de J. Bte. Celoron, Sieur de Blainville, avec Hélène Picoté de Bélestre, veuve d'Antoine de la Fresnaye,Sieur de Brucy, déjà cité. Le mariage eut lieu dans la paroisse, le 29 novembre 1686 et fut indubitablement le premier mariage célébré à cet endroit; mais le curé D'Urfé ne déclare pas si oui ou non il fut béni dans une chapellen ou dans une maison particulière.

L'inscription suivante et celle de Claude de La Mothe dit le Marquis de Sourdy, mort de sa belle mort et inhumé le 23 février 1687 "à la Pointe- Sainte-Louis."

L'enfant de Jean Tillard "fut amené a l'église pour y être baptisé" le 1er mars 1687. Le 21 septembre 1687, Jean Vincent, tué durant la guerre des Iroquois, fut enterré "à la Pointe Saint-Louis."

Le 30 septembre 1687, Jean de La Londe dit Lespérance fut tué par les Iroquois, et le jour suivant, 1er octobre, il fut inhumé "dans l'enciente de l'église Saint-Louis."Le même jour, dans les mêmes circonstances, Pierre Bonneau dit Lajeunesse fut enterré "près de l'endroit désigné pour la construction de l'église Saint-Louis." Il est difficile de croire que cette dernière mention fut une méprise puisque le même énoncé se répète dans le cas des actes de décès de Pierre Perthius, Henri Fromengeau et Pierre Pettiteau, aussi tués par les Iroquois le 30 septembre 1687.

Pierre Camus dit La Feuillade, tué par las Amérindiens le 18 octobre 1687, fut enterré le 19 "près de l'endroit choisi pour le cimetière, près de l'église paroissale de Saint-Louis;" et le même jour , J. Bte. Le Sueur dit La Hogue, aussi tué par les Iroquois le 18 octobre, fut inhumé "à l'endroit même du cimetière de la paroisse Saint-Louis."

Louis Jets, meunier engagé par Monsieur Le Ber, qui mourut de sa belle mort "muni des dernieres sacrements" le 17 novembre 1687, fut enseveli le jour suivant "dans le cimetière de la paroisse Saint-Louis." C'est la dernière inscription qui se trouve dans les registres de Saint-Louis depuis sa fondation en 1685 à l'année 1703. Il n'existe aucun enregistrement de 1687 à 1703. Soit que les registres furent perdus ou détruits ou peut-être non consignés.

Il est possibles et même probable que la mission Saint-Louis, à l'exception peut-être de la petite colonie du Fort Senneville, dans la fief Boisbriant, fut fermée après le massacre de 1687 et ce pour toute la durée de l'épouvantable guerre amérindienne qui sévit jusqu'en 1698. De fait, selon le Dictionnaire Généalogique de Monseigneur Tanguay, les registres de Lachine et le greffe de Pottier, durant ce long intervalle de plus de dix ans, les anciens habitants de Saint- Louis vivaient soit à Ville-Marie soit à Lachine. D'autres cherchèrent refuge à Lachine, Jean Guenet, J. Bte. Celoron, Sieur de Blainville, Guillaume D'Aoust, (a) le Daillebousts, Cybard Correau, la veuve de Jean de La Londe dit Lespérance, (b) Jean Nepveau, Jean Tillard, Aimé Legros dit Lecompte, Pierre Cavelier, Nicolas Le Moyne, la veuve Pierre Bonneau dit Lajeunesse et Pierre Maupetit dit le Poitevin, mais ils furent faits prisonniers durant la nuit du massacre du 5 août 1689, et par la suite tués par les Iroquois dans leur village.(6) Ils semble qu'on laissa le Bout de l'Isle, sauf les propriétaires résidents du Fort Senneville pour y revenir qu'une fois la paix faite avec les Iroquois vers 1698. Dans le même mémoire, souvent cité, il appert que Monsieur de Cathalogne confirme indubitablement cette affirmation: "Tout le monde était retranché dans la ville et les forts et les habitants n'osaient se rendre aux champs qu'en masse, ceux du haut de l'Isle de Montréal y allaient chaque automne qu'en passant à travers une petit bosquet." (7)

Cette évacuation peut expliquer les dates de concessions de Pointe-Claire et celles du nord du Fort Senneville durant l'année 1698 et suivantes. Entre 1688 et 1701, les registres de Lachine ou le greffe de Pottier ne font aucune allusion de la paroisse Saint-Louis. Nous savons que Saint-Anne ou plut™t Saint-Louis du Bout de l'Isle fue érigé en paroisse durant l'été de l'année 1685, probablement eu égard au déplacement de la mission amérindienne sise à La Présentation, laquelle fut vendue à Pierre Legardeur, Sieur de Repentigny, le 7 septembre 1685.

Le premier marguiller de la paroisse Saint-Louis fut de La Londe et de fait il occupa ce poste avant l'établissement civil; dès le 21 août 1684, il détenait le titre de "Marguiller de la Mission du Hault de l'Isle."(8)

Le 22 mai 1685, le baptême du fils du Sieur Cavelier (Pierre), "Receveur de Messieurs les Seigneurs" etait célébré à Lachine. La marraine fut "la femme de Jean de La Londe, premier marguiller du Haut de l'Isle." (8)

Le 12 novembre 1685, la publication du premier ban de mariage de Claude de La Mothe fut faire un jour ouvrable "la mission du Haut de l'Isle, quoique justqu'ici la messe y était célébrée tout comme dans une mission." (8)

La publication du ban suivant fut celui de Guillaume D'Aoust annoncé le 18 février 1686 "au prosne de la messe dite en cette paroisse de Saint-Louis;" mais l'endroit du culte n'est pas confirmé. Etaient présents au mariage à Lachine, Gabriel de Béerthé, Sieur de Chailly, Pierre Dailleboust, Sieur D'Argenteuil, Cybard Correau, Sieur de La Coste et Jean Guenet tous résidents de Saint-Louis. (9)

En dépit des contradictions apparentes dans les registres de Saint-Louis, nous pouvons sans doubte déduire que Saint-Louis du Bout de l'Isle possédait dès 1685 une petite chapelle temporaire qui devait être remplacée par une église paroissale avant le fin de l'année 1687.

Le texte inscrit au cadastre énonce qu'à la suite de l'acte de concession octroyé à Jean de La Londe dit Lespérance, Monsieur D'Urfé construisait la chapelle. L'acte fut passé le troisième jour de mars 1687 devant le notaire Pottier et non en 1711 année alléguée par Monsieur Bourgeault; (se reporter à l'inventaire des biens de La Londe fait par Pottier le 19 janvier 1688). Monsieur D'Urfé fut nommé Curé à l'automne 1685. La chapelle a dû être érigée par ce dernier durant l'année 1685 ou 1686. D'après les registres de Saint-Louis et le cadastre, il est évident que la Pointe Saint-Louis était le site choisi pour l'église paroissale, mais il y eu une changement subséquent. Après le massacre 1687, on considéra cet endroit sans doute peu sûr, au moins pas aussi sûr que le Rapide Sainte-Anne qui se trouvait à proximité du Fort Senneville; dans de telles circonstances le projet de construction d'une église paroissiale à la Pointe Saint- Louis, près de Baie D'Urfé fut annulé.

Quand la chapelle D'Urfé fut-elle détruite? La date de la destruction de la chapelle de Monsieur D.Urfé et moins incertaine que celle de son érection. Monsieur Bourgeault, dans le même article, estime qu'elle servit d'église paroissiale jusqu'a environ 1714; il se bas sur les registres de Sainte-Anne. Après le départ de Monsieur D'Urfé, les registres furent recouvrés le 18 décembre 1703. Ceux de 1704 et 1705 sont complets, tandis que ceux de 1706, 1707 et 1708 sont manquants. Le registre de 1709 existe, mais celui de 1710 est disparu. Le registre de 1711 semble complet et il se trouve au greffe du palais de justice de Montréal; mais ceux de 1712 et 1713 sont aussi manqunts, quelques mentions sont conservées dans le registre de la mission de l'Isle aux Tourtes; le Curé a presque toujours tenu deux exemplaires des registres, un pour sa paroisse et l'autre pour la mission .La plupart des registres de la mission amérindienne ont été égarés. Selon les registres qui se trouvent au greffe et à Sainte-Anne, du 18 décembre 1703 au 22 septembre 1711, Monsieur de Breslay se dénomme lui-même presqu'invariablement "Missionnaire de la mission amérindienne, exerçant les fonctions de Curé de la paroisse Saint- Louis." Néanmoins, le 11 janvier 1712, ils se qualifie lui-même "missionnaire amérindiens exerçant les fonctions de Cure des habitants du Haut de l'Isle de Montréal," poste qu'il avait déjà occupé antérieurement, plus particulièrement le 19 juillet, le 7 août et le premier novembre 1711. Est-il vraisemblable que c'est à ce moment-là que sa chapelle et sa paroisse prenait le nom de Saint-Anne à sa propre demande, à cause d'un miracle qu'il avait obtenu par l'intercession de la bonne Sainte-Anne, comme le veut la tradition. Monsieur de Breslay aurait-il refusé, séance tenante, d';être nommé Curé de Sainte-Anne?

(1) Histoire de la Colonie Française, 355 (2) Jean de La Londe dit Lespérance (3) L'Echo du cabinet de Lecture Paroissial, 1866, p. 266, - (4) Mandements des Éveques, vol. 1, p. 128 - (5) Registre de Lachine, p. 7 - (6) Greffe de Pottier, 2 Mai 1700 - (7) 1 Col. 589 - (8) Registre de Lachine - (9) Registre de Lachine

Erreurs dans le texte de Desirée Guirouard

a) Guillaume D'Aoust decedé le 9 mars 1729
b) Marie Barban, veuve de Jean de La Londe, etait presente lors au contrat de vente de la concession a son fils Jean-Baptiste le 24 juillet 1702 greffe Antoine Adhemar.

© 2002 Chris Lalonde & Eric Lalonde                                        Updated: June 22, 2003